Dans un contexte où les grandes plateformes de streaming restent difficilement accessibles à une large partie du public africain, une nouvelle initiative tente de rebattre les cartes. Son nom : WasaWasa.
À l’origine de ce projet, lancé en 2025, se trouve Brehima Tounkara, développeur malien et passionné de musique. Son ambition est claire, proposer une alternative crédible aux modèles classiques du streaming, souvent inadaptés aux réalités économiques du continent.
Un constat simple : un modèle excluant
Aujourd’hui, pour accéder à la majorité des services de streaming musical, il faut disposer d’une carte bancaire internationale et souscrire à un abonnement mensuel. Deux conditions qui excluent de fait une grande partie des utilisateurs africains.
Du côté des artistes, les obstacles ne sont pas moindres : procédures administratives complexes, délais de paiement longs, revenus peu transparents… autant de freins qui limitent leur accès à ces plateformes. C’est à partir de cette double réalité que WasaWasa a été imaginée.
Un système de paiement adapté au terrain
L’innovation majeure de WasaWasa repose sur son modèle de paiement intégré, conçu pour s’adapter aux usages locaux.
Une fois l’application téléchargée et le compte créé, chaque utilisateur dispose automatiquement d’un portefeuille numérique. Celui-ci peut être alimenté via plusieurs moyens accessibles : mobile money, cartes bancaires ou encore recharges locales.
Contrairement au système d’abonnement mensuel, WasaWasa adopte un modèle basé sur la consommation réelle. Chaque écoute déclenche une micro-transaction. L’utilisateur paie donc uniquement pour ce qu’il écoute, sans engagement fixe.
Ce mécanisme permet d’éviter les frais inutiles pour les utilisateurs occasionnels tout en garantissant une rémunération directe et plus transparente pour les artistes.
Une nouvelle approche pour les artistes
WasaWasa ne se contente pas de repenser l’accès à la musique, la plateforme revoit également la manière dont les artistes peuvent générer des revenus.
Trois options principales leur sont proposées :
le streaming, pour des revenus progressifs dans le temps
la vente directe de titres ou de projets
la publication gratuite, pour développer une audience
À cela s’ajoute une fonctionnalité originale : les messages de soutien payants. Un moyen pour les fans de contribuer directement, tout en renforçant le lien avec les créateurs.
Pour gérer leurs contenus, leurs statistiques et leurs gains, les artistes disposent d’une application dédiée, WasaWasa Creators, pensée comme un véritable tableau de bord.
Un outil aussi pour les professionnels
La plateforme ne s’adresse pas uniquement aux artistes indépendants. Labels, distributeurs et partenaires disposent également d’un espace dédié, leur permettant d’intégrer leurs catalogues via API et de suivre les performances en temps réel.
L’objectif est de proposer un environnement professionnel aligné sur les standards internationaux, tout en restant accessible.
Une ambition globale, ancrée en Afrique
Même si WasaWasa est née d’une réalité africaine, elle ne se limite pas au continent. La plateforme prend en charge plusieurs devises – franc CFA, euro, dollar, naira, rand – facilitant ainsi les échanges à l’échelle internationale.
Derrière cette initiative, la vision est assumée : construire une plateforme globale, mais pensée à partir des réalités locales.
En s’attaquant directement à la question du paiement et de l’accessibilité, WasaWasa propose une approche plus inclusive du streaming musical. Reste désormais à voir si ce modèle parviendra à s’imposer face aux géants déjà installés.
Mohamed Cinq Sylla