Apparemment, beaucoup écoutent le rap, mais peu le comprennent réellement. C’est un registre musical fondé sur la compétition, où chaque protagoniste revendique sa suprématie. Chaque fanbase, de son côté, porte son artiste au sommet et alimente cette rivalité qui fait vibrer le mouvement.
Malheureusement, certains semblent ignorer les règles du game. Ils souhaitent voir les rappeurs monter et descendre ensemble, comme s’ils étaient tous amis. Pourtant, la concurrence est ouverte sur tous les fronts, chacun se proclame meilleur que l’autre. Certes, la rivalité ne signifie pas forcément s’insulter dans les morceaux, mais elle permet de repousser les limites et de faire évoluer le rap guinéen.
À l’échelle mondiale, le clash a souvent prouvé son efficacité. Il offre non seulement une visibilité accrue, mais booste également les streams et l’engagement. Le récent affrontement entre Drake et Kendrick Lamar en est une parfaite illustration. Des records battus, chiffres explosés, débat planétaire. Dans cette dynamique, l’artiste le plus stratégique peut même transformer cette exposition en opportunité business, en lançant par exemple sa propre marque de vêtements pour générer davantage de revenus.
Sommes-nous obligés de forcer une paix artificielle entre les rappeurs guinéens pour évoluer ? Chacun peut suivre sa ligne directrice, tant que le fair-play domine. Le Guinéen a souvent tendance à valoriser ce qui vient de l’extérieur. Le cas de Didi B et Himra en est un exemple, leurs rivalités alimentent les débats et captivent les foules, même au-delà de leurs frontières.
Il y a quelques années, le clash entre Thiird et MC Freshh aurait pu changer la donne. Mais l’un, signé en label, aurait été rappelé à l’ordre par son producteur, pas de clash dans le game. Est-ce dans cette “boîte à sardines” que nous voulons être enfermés, à nous faire dicter chaque mouvement artistique ?
Plus récemment, l’affaire opposant Sagatala à Opinel 12 a pris une tournure judiciaire. Les artistes ont été condamnés à trois ans de prison avec sursis pour « incitation de mineurs à la débauche » et « injures publiques ». À peine sortis du tribunal, des images d’eux se réconciliant ont circulé sur les réseaux. Est-ce vraiment cette direction que l’on souhaite donner au rap guinéen ?
Que deviendrait le rap guinéen sans l’un de ses piliers fondamentaux, «le clash» ? C’est cette rivalité qui pousse les fans à s’engager, à acheter des tickets, à streamer massivement et à soutenir les marques associées à leurs artistes favoris.
Réveillons-nous. La rivalité peut exister sans animosité. Elle peut être artistique, stratégique et constructive. Depuis sa création, le rap s’est bâti sur l’émulation et la confrontation des talents. Plutôt que de brider cette énergie, pourquoi ne pas créer davantage de salles de spectacle et d’opportunités d’expression pour les artistes ?
En tout cas, le public observe. Et il suit, à la lettre.
Mohamed Cinq Sylla
Journaliste | Administrateur général de Culturbaine