Ces derniers temps, le rap guinéen est rythmé par une série de clashs entre Opinel 12 et le groupe Sagatala. Deux figures de la nouvelle génération, capables de dépasser les 100 000 vues par jour grâce à une fanbase solide. Une performance salutaire pour le mouvement.
Le clash fait partie de l’ADN du rap. Il stimule la créativité, attise la curiosité du public et alimente les débats. C’est un catalyseur puissant. Mais lorsqu’il ne débouche sur aucune stratégie claire ni retombée financière, il devient un simple vacarme numérique.
On se souvient déjà de précédents affrontements, notamment Mc Fresh vs Thiird. À l’époque, les réseaux sociaux s’étaient enflammés. Les débats étaient intenses, les partages nombreux. Pourtant, aucune véritable rentabilité derrière, pas de stratégie marketing structurée, pas de projet commercial solide pour capitaliser sur cette visibilité.
Avec l’exposition actuelle d’Opinel 12 et de Sagatala, leurs équipes managériales auraient tout intérêt à transformer cette tension en opportunité. Un clash peut servir de tremplin pour multiplier les passages médias ; consolider une communauté engagée sur les réseaux sociaux ; convertir les diss tracks en streams monétisables ; booster les concerts grâce à la curiosité du public. Le clash doit devenir un produit culturel rentable, pas seulement une querelle d’ego.
Au-delà de la musique, la diversification reste essentielle. Aujourd’hui, un artiste ne peut plus se limiter au micro. Marques de vêtements, partenariats avec des entreprises locales, placements de produits dans les clips, collaborations commerciales, la visibilité générée par un clash peut ouvrir des portes bien au-delà du studio.
Pourtant, peu d’initiatives concrètes émergent. On parle beaucoup, on s’invective, mais les retombées économiques peinent à suivre. Les invitations dans des chichas lounges ou les passages médiatiques ponctuels ne suffisent pas à bâtir une carrière durable ni à positionner le rap guinéen au-delà des frontières.
Certains animateurs et observateurs affirment que “le clash se porte bien”, n’hésitant pas à s’y greffer pour gagner en visibilité. Mais au fond, la vraie question demeure : que reste-t-il une fois le buzz retombé ?
Sur le plan artistique, le public attend mieux que des insultes faciles ou des mots grossiers à peine voilés. Le rap est un art de la plume. Démanteler son adversaire avec finesse, exploiter ses failles sans sombrer dans la bassesse, voilà ce qui marque les esprits et construit une réputation.
Le clash peut être un levier. À condition qu’il y ait une vision derrière.
Sans stratégie, sans business, sans projection internationale, il ne restera qu’un bruit de plus dans le fil d’actualité.
Par Mohamed Cinq Sylla