Qui pour sauver Thiird, en train de se noyer avec sa nouvelle direction artistique ?

Ça va peut-être paraître dingue, mais Thiird est en train de se perdre. Et le plus paradoxal dans cette histoire, c’est que tout allait enfin bien pour lui.

Il y a encore peu de temps, Thiird faisait partie de ces rares rappeurs guinéens qui avaient trouvé leur voie artistique. Une identité claire. Un son reconnaissable. Une sincérité qui parlait aux amoureux du rap.

Des morceaux comme Journal, Fogo, N’tan Bara Satisfait, Gongoli et bien d’autres avaient installé l’artiste dans une dynamique solide. Le public suivait, les chiffres répondaient, l’estime grandissait. Bref, Thiird était sur sa lancée.

Cette dynamique avait même été consacrée officiellement en 2024, lorsqu’il a remporté le trophée du Meilleur rappeur guinéen aux Victoires de la musique guinéenne, une reconnaissance majeure qui venait confirmer son statut et la justesse de son positionnement artistique.

Et puis, sans prévenir, virage brutal. Pendant que beaucoup le pensaient à son prime, l’artiste a discrètement migré vers une nouvelle direction artistique, sans préparation, sans narration, sans pédagogie auprès de son public. Or, ce public-là n’avait jamais été habitué à le voir évoluer dans ces nouveaux délires sonores et visuels.

Son dernier projet, « Cachez-vous on sort », réalisé en collaboration avec la structure Aigle Music Entertainment, en est la parfaite illustration.

La D.A a complètement changé. Trop changé.

Résultat : aucun titre ne frappe comme ses précédents morceaux en solo. Pas de hit fédérateur. Pas de morceau qui marque durablement l’esprit. Et surtout, un sentiment de déconnexion entre l’artiste et ceux qui l’avaient porté jusque-là.

Le problème n’est pas l’évolution. Un artiste a le droit et même le devoir d’évoluer.

Le problème, ici, c’est la rupture brutale, mal expliquée, mal accompagnée, et peut-être mal pensée.

Thiird donne aujourd’hui l’impression d’un artiste qui se noie avant même d’avoir affronté la haute mer. Comme s’il avait abandonné trop vite ce qui fonctionnait, pour expérimenter autre chose sans boussole claire.

Pourtant, rien n’est perdu.

Le plus difficile était déjà fait : trouver sa voie. Il l’avait fait il y a trois ans. Il ne s’agissait plus que de l’affiner, de la renforcer, de l’élever. Pas forcément de tout déconstruire du jour au lendemain.

La question reste donc entière : qui pour sauver Thiird de cette vague artistique qu’il affronte seul ?

Un meilleur accompagnement ? Une direction artistique plus cohérente ? Une écoute plus attentive de son public ?

Une chose est sûre : le talent est toujours là.

Mais sans cap clair, même le meilleur nageur finit par couler.

Mohamed Cinq Sylla