30.000 GNF pour un billet de concert : savez-vous combien de métiers vous contribuez à faire vivre ?

Imaginons un artiste guinéen qui organise un concert dans un stade de 10.000 places, avec un billet d’entrée fixé à 30.000 GNF. À guichets fermés, la billetterie génère 300 millions de GNF de recettes brutes.
Mais derrière ces 30.000 GNF dépensés par chaque spectateur se cache une réalité économique que beaucoup ignorent : l’achat d’un billet déclenche une chaîne de transactions qui contribue à faire vivre plusieurs métiers de l’industrie du spectacle.
Tout commence au moment de l’achat.
Lorsque le fan achète son billet par voie électronique, une partie du montant peut rémunérer la société de billetterie, selon la commission prévue au contrat. Cette entreprise mobilise elle-même des développeurs, des informaticiens, des agents commerciaux, des gestionnaires de bases de données et des équipes d’assistance clientèle. Selon le circuit de paiement, les opérateurs de mobile money ou les établissements financiers peuvent également percevoir des frais de transaction.
Lorsque le billet est acheté physiquement, d’autres professionnels interviennent : imprimeurs, distributeurs, agents de vente, caissiers et gestionnaires de points de vente. Là encore, des commissions et des frais de commercialisation peuvent être prélevés.
Autrement dit, avant même que le spectateur ne franchisse les portes du stade, son billet contribue déjà à rémunérer des acteurs économiques.
Après les éventuelles commissions de billetterie, frais de transaction et prélèvements applicables, les recettes disponibles contribuent au financement de la production du spectacle.
C’est à ce niveau qu’intervient une autre chaîne de métiers. D’abord, les producteurs, promoteurs, managers, directeurs de production, administrateurs et coordinateurs. Ce sont eux qui conçoivent le projet, mobilisent les financements, négocient les contrats et organisent l’événement.
Ensuite, les professionnels de la communication : graphistes, agences publicitaires, imprimeurs, community managers, photographes, vidéastes, journalistes et médias partenaires. Ils assurent la promotion du concert, la visibilité de l’artiste et la mobilisation du public.
Viennent les prestataires techniques : ingénieurs du son, régisseurs, éclairagistes, techniciens LED, électriciens, monteurs de scène, décorateurs, fournisseurs d’énergie et entreprises de location de matériel. Sans leur expertise, difficile de transformer un stade en véritable espace de spectacle.
Puis, les professionnels de la création artistique : chanteurs, musiciens, choristes, danseurs, chorégraphes, stylistes, maquilleurs, coiffeurs et directeurs artistiques. Leurs prestations participent directement à l’expérience proposée au public.
À l’approche du concert, la chaîne s’élargit encore aux entreprises de sécurité, aux agents d’accueil, aux contrôleurs de billets, aux secouristes, aux équipes de nettoyage, aux transporteurs, aux manutentionnaires et aux prestataires logistiques.
Et lorsque les 10.000 spectateurs se déplacent vers le stade, l’impact économique dépasse les limites de l’enceinte du spectacle.
Les taxis, les conducteurs de motos-taxis, les restaurateurs, les vendeurs de boissons, les commerces de proximité et parfois les établissements hôteliers bénéficient à leur tour des dépenses effectuées par le public.
À cela s’ajoutent les propriétaires ou gestionnaires d’infrastructures, les assureurs, les comptables, les juristes et, selon les obligations applicables, les organismes de gestion des droits d’auteur et les administrations publiques.
Il faut toutefois comprendre une chose : les 300 millions de GNF encaissés ne sont pas 300 millions GNF de bénéfice. Ils constituent une recette brute qui contribue à couvrir les nombreuses charges du spectacle. Certains professionnels sont d’ailleurs rémunérés avant l’événement grâce aux avances, aux fonds propres ou aux financements des partenaires.
Mais l’essentiel est ailleurs.
Un simple billet à 30.000 GNF contribue à soutenir une activité économique qui mobilise des entreprises, des travailleurs indépendants, des salariés et des prestataires issus de plusieurs secteurs.
Voilà pourquoi je considère que les fans doivent progressivement dépasser la seule logique de mobilisation, de rivalité ou de confrontation sur les réseaux sociaux.
Soutenir financièrement un concert, ce n’est pas seulement enrichir un artiste. C’est participer au financement d’une chaîne de valeur qui dépasse largement sa personne.
Cette réalité devrait également interpeller les pouvoirs publics sur la nécessité de développer des infrastructures adaptées, de professionnaliser les métiers et de créer des conditions favorables à une industrie du spectacle active toute l’année.
Mais il faut aussi reconnaître les limites économiques de la billetterie.
Avec 10.000 spectateurs payant chacun 30.000 GNF, les 300 millions GNF de recettes brutes peuvent se révéler insuffisants pour financer un spectacle ambitieux, notamment lorsque les charges techniques, artistiques, sécuritaires et logistiques sont élevées.
C’est ici que les sponsors et les mécènes deviennent des partenaires essentiels de la chaîne de valeur.
Les sponsors apportent des financements, des équipements ou des services en échange de contreparties commerciales. Les mécènes peuvent soutenir la création artistique et l’accès à la culture sans rechercher une contrepartie commerciale directe équivalente.
Leur accompagnement permet de compléter les recettes de billetterie, d’améliorer les conditions de production, de rémunérer davantage de professionnels et de maintenir des tarifs accessibles aux fans.
Au fond, un concert n’est pas seulement une rencontre entre un artiste et son public. C’est une activité économique collective dont chaque billet vendu contribue à faire tourner les rouages.
Et plus cette chaîne de valeur sera structurée, plus l’industrie du spectacle pourra devenir un véritable moteur de création d’emplois, de développement des entreprises et de croissance économique en Guinée.
Alpha « Le Sérum » Camara
Consultant en Industries Culturelles et Créatives | Gérant de Sânsi Hub | Ambassadeur de Lonnin Fanka