Journée mondiale du reggae : « À l’heure actuelle, le reggae ne se porte pas bien », dénonce Kaporo Mengueh

Chaque 1er juillet, le monde célèbre le reggae. Cette année marque la 32ᵉ édition, portée par un mot d’ordre clair : redonner au genre sa puissance politique et spirituelle d’origine. Né en Jamaïque, le reggae s’est imposé partout grâce à ses rythmes et à ses messages engagés. À l’occasion de cette journée, Mohamed Asmir Soumah, alias Kaporo Mengueh, s’est confié à nos confrères de Soleilfmguinee.net. Entre fierté culturelle et coups de gueule, le reggae-man n’a pas mâché ses mots sur la situation du mouvement en Guinée.

Pour Kaporo Mengueh, réduire le reggae à un simple genre musical est une erreur. Il y voit un véritable outil d’éducation et de transmission des valeurs. Il ne cache pas son inquiétude face à l’état actuel du reggae guinéen. Selon lui, le vrai problème n’est pas artistique, mais humain : chacun avance de son côté, sans solidarité entre reggae-men.

« À l’heure actuelle, le reggae ne se porte pas bien, parce qu’il manque de soutien et de véritable collaboration. Si nous voulons réellement devenir des reggae-men capables de défendre l’identité africaine, notre identité culturelle et nos valeurs, il faut qu’il y ait de l’union et de l’amour entre nous. Malheureusement, ce n’est pas le cas en Guinée. Aujourd’hui, chacun vit dans son coin, chacun fait ses propres activités. Cela n’empêche pas les individus d’évoluer, mais cela ne permet pas au reggae guinéen de progresser. »

Kaporo Mengueh aborde aussi un sujet sensible : la prise en charge sanitaire des artistes reggae, qu’il juge inégale par rapport à d’autres secteurs culturels. Il cite en exemple le soutien accordé aux Banlieuz’Arts et appelle l’État à faire preuve de la même solidarité envers les rastas.

« Ce n’est pas parce que nous sommes rastas, que nous portons des locks, que nous sommes à l’écart des autres. Nous sommes tous pareils. Personne n’est supérieur à un autre, parce qu’il s’agit avant tout d’une culture. Lorsqu’un reggae-man tombe malade, ce que nous ne souhaitons à personne, nous aimerions que l’État nous vienne également en aide, comme il l’a fait pour les Banlieuz’Arts, par exemple. Il est important que l’État fasse de même pour les reggae-men. Aujourd’hui, les rastas se battent pour être pleinement reconnus dans la société. »

Sans remettre en cause le travail du ministre de la Culture, qu’il salue pour son engagement et la confiance que lui accorde le Président de la République, Kaporo Mengueh formule des demandes concrètes : équipements, espaces d’expression adaptés, et surtout un vrai soutien à la diffusion live du reggae, qui selon lui ne prend tout son sens qu’en concert.

« Le ministre fait de son mieux, parce que, dans la vie, on ne peut pas aider tout le monde. Mais lorsqu’il soutient déjà un secteur, ceux qui y évoluent peuvent s’en sortir. Personnellement, je n’ai pas encore eu la chance de le rencontrer, ce que je souhaite vraiment, afin d’échanger avec lui sur de nombreux sujets. »

Il ajoute : « J’aimerais qu’il nous aide à obtenir des équipements et des espaces adaptés, car nous avons besoin de lieux où nous pouvons exprimer et partager notre philosophie. Nous avons également besoin de matériel pour promouvoir nos productions. Le reggae ne s’apprécie pas pleinement sur cassette ; il prend toute sa dimension en concert, en live. » a-t-il conclu.

Mohamed Cinq Sylla