Dans une ruelle de Zurich, un grand-père s’est mis à danser. Pas n’importe comment, : en plein breakdance, figé dans la pierre, les chaussures tendues vers le vide et l’ombre projetée sur le sol comme si le mouvement n’avait jamais cessé. L’œuvre s’appelle Go Grandpa, elle est signée Costwo, et Global Street Art la documente comme une création datant de 2018.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la technique. L’artiste joue sur l’anamorphose, cette distorsion calculée du dessin qui, vue sous le bon angle, redonne au personnage ses proportions réelles et le fait littéralement sortir du mur. Les chaussures, la main, l’ombre : tout est étiré, travaillé pour tromper l’œil et donner l’illusion du relief. Le coin du bâtiment devient scène, le trottoir devient piste de danse.
Zurich n’est pas un terrain vierge pour ce type d’audace. La ville porte en elle une mémoire graffiti bien plus ancienne. À la fin des années 1970, Harald Naegeli surnommé le « Sprayer de Zurich » couvrait illégalement les façades de la ville de silhouettes filiformes. Poursuivi, condamné, exilé, il a pourtant fini par voir ses œuvres reconnues comme patrimoine artistique, selon le guide street art de Zürich Tourism. De Naegeli à Costwo, la ville n’a pas changé de camp : elle reste, malgré elle, une toile.
Mohamed Cinq Sylla