À la jeune génération d’artistes, une brillante carrière devient un château de cartes si la structuration n’est pas sa fondation
Un adage africain nous apprend : « À la vieillesse, on se réchauffe avec le bois mort ramassé pendant la jeunesse ». Cette phrase doit être une boussole pour ceux et celles qui rêvent grand, qui aspirent à construire une carrière solide, rentable et qui veulent mettre leurs familles à l’abri.
Depuis des décennies et jusqu’à nos jours, plusieurs artistes chanteurs, rappeurs, instrumentistes ont cru et croient qu’une carrière musicale se résume à enchaîner des concerts, toucher quelques cachets, attendre des droits d’auteur autrefois « insultants » et compter sur la générosité des djatiguis (bienfaiteurs). Aujourd’hui, on connaît la suite.
Tant de légendes ont fini leur parcours dans la précarité. Trop d’artistes mythiques qui ont marqué l’histoire culturelle de la République de Guinée, qui ont brandi le tricolore guinéen sur des scènes internationales, ont fini par lancer malgré eux des S.O.S au coucher du soleil de leur carrière. Pas par manque de talent, mais par manque de structuration.
La vérité est inconfortable, mais elle doit être pointée du doigt pour éviter certaines erreurs du passé. Une carrière artistique non structurée est une carrière fragile ; un artiste qui ne comprend pas le showbiz est toujours en retard sur son époque. Et un talent qui vit uniquement des concerts est un talent en sursis. S’il vit de la gentillesse de ses bienfaiteurs et non de la structuration de son talent et de sa carrière, c’est qu’il creuse sa propre tombe et son isolement par ses propres efforts.
Certes, l’ancienne génération n’avait pas toujours le choix, car elle n’avait pas forcément accès à la formation, pas d’informations sur les contrats, pas de compréhension claire des droits d’auteur, des catalogues, de l’édition, pas de visibilité sur la production et la distribution. Ils ont fait avec ce qu’ils avaient, ils ont fait ce qu’ils savaient faire : faire de la musique. Mais vous, aujourd’hui, vous avez tant d’outils et tant d’opportunités que vous n’avez pas droit à l’erreur.
Pour les générations d’artistes nées dans les années 2000 à nos jours, se former n’est plus une option, c’est une obligation. Comprendre l’industrie musicale, ce n’est pas trahir l’art. C’est protéger votre carrière et vos revenus. Un artiste doit savoir ce qu’il signe, ce qu’il cède, ce qu’il génère, ce qu’il partage et ce qu’il provoque chez les autres comme inspiration. Il doit comprendre comment une œuvre génère de la valeur sur la durée, au-delà d’un concert ou d’un buzz passager.
Sachez que dorénavant, le talent seul ne suffit plus. D’autres vous l’ont dit, je le réitère alors avec cette formule. S’entourer n’est pas un luxe, c’est le signe d’un visionnaire, d’un artiste qui rêve grand et qui aspire à une carrière stable et viable. Un artiste seul s’épuise, or un artiste qui a une équipe composée de professionnels avance. Manager, producteur, éditeur, communicant, avocat, distributeur, etc. Ce ne sont pas des titres décoratifs. Ce sont des rôles qui sécurisent une carrière et transforment un talent en projet durable.
Chères nouvelles générations, je vous invite à diversifier vos revenus sur des bases légales et en comprenant les rouages de l’industrie musicale. Le faire en étant aligné avec votre vision et en maîtrisant les enjeux, c’est survivre. Oui aux concerts, mais pensez aussi aux catalogues, aux droits voisins, aux éditions, aux plateformes numériques, aux partenariats, au merchandising, aux contenus digitaux, à la formation, à la production, à la distribution, aux placements de produits. Les maigres miettes, autrefois versées par le Bureau Guinéen des Droits d’Auteur, n’ont pas suffi à l’ancienne génération et ne suffiront jamais à bâtir une vie digne. Des efforts sont fournis par la nouvelle équipe, mais sachez qu’ils ne suffiront pas. Diversifiez vos sources de revenus au lieu de chercher à diversifier les djatiguis (bienfaiteurs).
Pensez plus loin que la scène locale. Les artistes d’avenir pensent à créer des œuvres capables de voyager, de traverser les frontières, de parler à d’autres marchés. Cela demande de la vision, de l’investissement, de la construction, de la patience et un travail d’équipe.
Certes, l’industrie musicale guinéenne est encore incomplète, car de nombreux maillons essentiels manquent. Mais ce n’est pas une excuse pour reproduire les mêmes erreurs. Je pense que c’est plutôt une raison de plus pour être avant-gardiste, stratégique, organisé, structuré.
À la nouvelle génération, vous avez une responsabilité. Apprendre du passé et refuser les avances de la précarité durant les dernières heures de gloire. Comprenez que dorénavant, l’art mérite mieux que l’improvisation : il demande de la structuration, de la constance, de l’organisation et de la vision. Le tout porté par une équipe professionnelle et un talent qui vise l’excellence, car un artiste qui se structure protège son avenir, protège ses investissements, et un artiste qui protège son avenir n’a pas besoin de lancer des S.O.S à la fin de sa carrière. Il profite des fruits de l’arbre qu’il a planté lors de sa structuration ; il se réchauffe avec les bois morts ramassés lorsqu’il était à son prime (au sommet de son art).
C. Alpha I. Camara
Fondateur et Gérant de Sânsi Hub | Consultant en Industries Culturelles et Créatives | Ambassadeur de Lonnin Fanka |